L'antisémitisme en 2019

Mediapart vient de publier un article d'Edwy Plenel en réaction aux actes antisémites récents

Après un rappel plus que nécessaire des racines profondes et historiques de l'antisémitisme en France et en Europe, il fait un portrait de cette figure du Juif qui est devenue celle de l'étranger, de l'autre, du danger. A la recherche d'un danger intérieur, à défaut d'en disposer d'autres, cette figure du Juif fait son grand retour, sans avoir jamais vraiment disparue. Cela correspond aussi à une mémoire sur les camps de la mort qui se délite et tend à disparaître. Le court terme efface l'histoire, pourtant encore récente.

Je me permets de reprendre ici quelques citations trouvées dans l'article et particulièrement pertinentes.

En premier lieu, à propos de Franz Fanon,un auteur bien trop méconnu :

« Quand vous entendez dire du mal des juifs, dressez l’oreille, on parle de vous. » Frantz Fanon en est l’auteur qui, dans Peau noire, masques blancs, évoquait cette mise en garde de son professeur de philosophie, lui-même d’origine antillaise. Il ajoutait ce commentaire : « Et je pensais qu’il avait raison, universellement, entendant par là que j’étais responsable, dans mon corps et dans mon âme, du sort réservé à mon frère. Depuis lors, j’ai compris qu’il voulait tout simplement dire : un antisémite est forcément négrophobe. » Ce premier livre du futur auteur des Damnés de la terre se termine par ces mots, qui sont d’un humaniste radical : « Supériorité ? Infériorité ? Pourquoi tout simplement ne pas essayer de toucher l’autre, de sentir l’autre, de me révéler l’autre ? Ma liberté ne m’est-elle donc pas donnée pour édifier le monde du Toi ? À la fin de cet ouvrage, nous aimerions que l’on sente comme nous la dimension ouverte de toute conscience. Mon ultime prière : Ô mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge. »

« Destructeur par fonction, sadique au cœur pur, l’antisémite est, au plus profond de son cœur, un criminel, écrit Jean-Paul Sartre dans ses Réflexions sur la question juive. Ce qu’il souhaite, ce qu’il prépare, c’est la mort du Juif. Certes, tous les ennemis du Juif ne réclament pas sa mort au grand jour, mais les mesures qu’ils proposent et qui, toutes, visent à son abaissement, à son humiliation, à son bannissement, sont des succédanés de cet assassinat qu’ils méditent en eux-mêmes : ce sont des meurtres symboliques. » L’antisémite, ajoutait le philosophe, « est un homme qui a peur », habité par « la peur devant la condition humaine » : « L’antisémite est l’homme qui veut être roc impitoyable, torrent furieux, foudre dévastatrice : tout sauf un homme. » C’est bien à ce désir fou d’annihilation de l’Autre qu’a été confronté Alain Finkielkraut lors du dernier samedi de manifestation parisienne des gilets jaunes.

« Il est insupportable que de tels actes puissent avoir lieu. Le silence qui les entoure nous rappelle les heures sombres que notre pays a traversées, et ça il ne faut jamais l’oublier. Nous devons être la petite lumière qui veille à ce que cela ne soit jamais banalisé. Chaque homme, chaque femme, chaque enfant doit pouvoir vivre en toute liberté et toute sécurité dans notre beau pays. » Ces lignes sont extraites du « troisième appel des gilets jaunes de Commercy contre le racisme, l’antisémitisme et toutes formes de persécution », lancé le 17 février.

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